9 octobre 2026
Faire changer les choses pour les usagers de drogue, c’est possible

« Non mais c’est fou, tout ce qu’on a fait, déjà ! »
La phrase est lancée avec un mélange de surprise et de fierté. Celui qui la prononce participe, depuis le début du mois de juin, au nouveau groupe plaidoyer du CAARUD Le Point de Repère, le Centre d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des Risques pour les Usagers de Drogues de l’abej SOLIDARITÉ.
Et il n’a pas tout à fait tort. En seulement quelques mois, le groupe a écrit une chanson, réalisé des vidéos et des photos, rencontré des professionnels du logement et commencé à imaginer des actions concrètes pour faire évoluer les choses.
Pas mal pour un groupe qui n’existait pas il y a trois mois.
Prendre la parole pour ne plus subir
Les personnes usagères de drogues sont encore trop souvent confrontées à la stigmatisation et au rejet. Beaucoup vivent également des situations de grande précarité : difficultés d’accès aux droits, problèmes de santé, absence de solution d’hébergement ou de logement, isolement…
Face à ces difficultés, il serait facile de se résigner et de penser que rien ne peut changer.
Mais au Point de Repère, nous avons voulu essayer autre chose.
L’idée était simple : créer un espace où les personnes directement concernées peuvent réfléchir ensemble, prendre la parole et agir pour défendre leurs droits et améliorer leurs conditions de vie.
Parce que personne ne connaît mieux les difficultés rencontrées que celles et ceux qui les vivent.
Une chanson plutôt qu’une réunion ?
Depuis juin, le groupe se retrouve chaque mercredi matin. Une dizaine de personnes différentes y ont déjà participé. Et certains reviennent régulièrement, malgré les difficultés du quotidien. C’est sans doute le signe que le sujet compte.
Mais attention : ici, pas question de passer deux heures assis autour d’une table à écouter quelqu’un parler.

Le plaidoyer peut aussi passer par la création, les images, la musique et même un peu de poésie. Les outils découverts grâce à la formation « Artisan de Justice Sociale » proposée par Aequitaz nous ont largement inspirés.
Dès la deuxième séance, le défi était lancé : écrire et composer une chanson en moins de deux heures, à partir des mots des participants.
Pour le refrain, nous sommes partis de slogans que l’on pourrait scander dans une manifestation. Pour les couplets, chacun a apporté ses mots : ce qu’il traverse, ce qui l’énerve, ce qu’il aimerait voir changer, mais aussi ce qui lui permet de tenir.
Un petit coup de pouce de l’intelligence artificielle pour la mise en musique… et la chanson était née !
Surtout, elle ressemblait à celles et ceux qui l’avaient créée. Et la fierté était palpable.
Montrer ce que l’on ne voit pas toujours

Après la chanson, le groupe a poursuivi l’expérience autrement.
Comment raconter une journée quand on est confronté à la précarité, à la consommation, aux difficultés pour se loger ou simplement pour trouver sa place dans la société ?
Les participants ont imaginé une journée type, puis l’ont mise en images à travers des photos et des vidéos. Une autre manière de témoigner, de faire comprendre et, surtout, de rendre visible ce que l’on préfère parfois ne pas voir.
Découvez la vidéo
Sortir du groupe et passer à l’action
Mais après avoir parlé, chanté et créé ensemble, une question s’est imposée : et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
Les participants ne voulaient pas que leurs productions restent entre les murs du CAARUD. Ils avaient envie d’agir à l’extérieur.
Le premier sujet choisi ? Le logement et l’accès à l’hébergement.
Le groupe a alors préparé des invitations et convié plusieurs professionnels à venir échanger avec lui : la cheffe de service de la CMAO, une coordinatrice du SIAO et un représentant de la Fédération des Acteurs de la Solidarité engagé sur les questions de logement.
Et la rencontre n’a pas été qu’une simple discussion.
Des pistes d’action très concrètes ont déjà émergé : permettre à des membres du groupe de rencontrer les travailleurs sociaux qui gèrent les hébergements, organiser des permanences du SIAO directement au sein du CAARUD pour mieux informer les personnes de leurs droits, réfléchir à la participation des personnes concernées dans certaines instances liées au logement ou encore mener des actions de testing auprès des bailleurs sociaux.
Rien n’est encore gagné, bien sûr. Il faut maintenant travailler, convaincre et transformer ces idées en réalité.
Mais quelque chose a déjà changé.
Et si le plaidoyer commençait simplement par là ?
Par se retrouver. Échanger. Mettre des mots sur ce que l’on vit.
Puis oser les chanter.
Et finir par inviter les personnes qui ont le pouvoir d’agir à venir écouter.
Le plaidoyer, ce n’est pas seulement écrire des rapports ou interpeller des responsables politiques. C’est aussi permettre à celles et ceux que l’on entend le moins de prendre leur place dans le débat.
En trois mois, ce groupe a déjà fait beaucoup. Et surtout, il a donné envie de continuer.
Alors oui, faire changer les choses pour les usagers de drogues, c’est possible.
Et ce n’est qu’un début.
Longue vie au groupe plaidoyer du CAARUD Le Point de Repère