8 octobre 2026

S’engager dans l’accueil de jour : effets de la participation des personnes accueillies sur les trajectoires et sur la recomposition des places d’accueil

Qui suis-je ? Quel est mon parcours ?

Je m’appelle Mathis Laquay. Je viens de terminer un Master 2 Ingénierie de projet en politiques urbaines à l’Université de Lille. Avant cela, j’ai suivi une formation en sciences sociales et en recherche en sciences politiques, avec une spécialisation progressive autour de l’analyse des sociétés contemporaines et des méthodes d’enquête qualitative. Au cours de mon parcours, j’ai réalisé deux premiers mémoires de recherche fondés sur des entretiens et des observations participantes. Ils portaient sur les identités queer dans les soirées techno, puis sur les transformations de l’organisation et des mobilisations au sein d’un collectif LGBTQI+. Ces travaux m’ont amené à m’intéresser aux dynamiques associatives, aux formes d’engagement collectif et aux conditions qui permettent -ou empêchent- la prise de parole des personnes concernées.

Pourquoi ce sujet ?

Mon intérêt pour ce sujet est lié à mes expériences de terrain, mais aussi à mes engagements militants. J’ai notamment déjà travaillé auprès des personnes exilées sur le camp de Grande-Synthe, avant son démantèlement. Cela m’a conduit à m’interroger sur la place accordée aux personnes directement concernées par des situations de précarité. Il me semble essentiel de reconnaître leurs savoirs issus de l’expérience et de ne pas réduire leur rôle à celui de personnes accompagnées ou aidées. C’est à partir de cette interrogation que j’ai souhaité travailler sur le bénévolat exercé par des personnes accueillies : comment se construit-il, qu’est-ce qu’il rend possible, et à quelles limites se heurte-t-il ? L’enjeu était d’éviter une vision abstraite ou uniquement positive de la participation. Le bénévolat peut ouvrir des espaces d’utilité, de reconnaissance, de sociabilité et de prise de responsabilités. Mais il dépend aussi de conditions très concrètes : l’état de santé, le logement, les ressources, les relations avec les autres, les règles du lieu, la disponibilité des professionnel·les et la possibilité réelle de choisir ou de refuser une mission. Le mémoire cherche donc à analyser ce bénévolat à partir des expériences et des trajectoires singulières des personnes, plutôt que comme une solution valable de la même manière pour toutes et tous.

Pourquoi l’abej SOLIDARITÉ ?

Le choix de l’abej SOLIDARITÉ s’explique d’abord par la place importante de l’association dans l’accompagnement des personnes en situation de grande précarité sur le territoire lillois. J’ai choisi cette association parce que le stage associait une question de recherche très concrète à une démarche de recherche participative. La possibilité de construire l’enquête en lien avec les personnes concernées, de discuter les résultats avec elles et de faire du mémoire un support de réflexion collective correspondait pleinement à ce que je recherchais. Le terrain était également particulièrement riche car il correspondait à une période de transformation : le déménagement de l’accueil de jour vers les nouveaux locaux rue du Four-à-Chaux, à Lille-Sud, l’ouverture de nouveaux espaces et services, ainsi que les réflexions collectives menées avec les personnes accueillies, les bénévoles et les salarié·es sur les usages et le fonctionnement du lieu. Cette période rendait très visible une question centrale : comment faire participer les personnes accueillies au fonctionnement quotidien de l’accueil, sans réduire cette implication à un simple besoin organisationnel ?

Ce que je retiens : apports et freins

Je retiens avant tout les rencontres et les discussions avec les personnes accueillies bénévoles, les salarié·es et les autres personnes présentes à l’accueil. Elles ont permis de comprendre que le bénévolat peut représenter une expérience importante pour les personnes qui y participent : retrouver des habitudes, se sentir utile, être reconnu pour des compétences, créer ou consolider des liens avec d’autres personnes, prendre part à la vie collective et s’approprier le lieu de l’accueil en s’y investissant. Pour certaines, tenir le bar, participer à un atelier, accueillir de nouvelles personnes ou contribuer à l’apaisement de certaines situations permet de ne plus fréquenter l’accueil uniquement comme un lieu où l’on reçoit une aide, mais aussi comme un lieu auquel on contribue. Cette expérience fait aussi apparaître des freins. La participation ne dépend pas uniquement de l’envie de s’engager : elle est traversée par les conditions de vie, la santé, les difficultés administratives, l’instabilité résidentielle, les relations entre les personnes et les contraintes d’organisation du lieu. Elle suppose du temps, de la confiance, une attention continue, des conditions permettant que les propositions ou les engagements des personnes aient des effets concrets, et de conserver un cadre protecteur sans rigidifier excessivement les engagements. L’enquête ne permet pas d’affirmer que le bénévolat produit directement une sortie de la précarité ou un retour à l’emploi. Elle montre plutôt que cette activité peut soutenir certains moments de parcours, à condition qu’elle reste choisie, accompagnée et ajustée aux possibilités de chaque personne.

Ce que cette expérience m’a appris

Cette recherche m’a appris qu’il faut prendre le temps d’écouter, de revenir sur ce que l’on croit avoir compris et de confronter l’analyse aux expériences des personnes concernées, y compris lorsqu’elles sont ambivalentes, contradictoires ou éloignées des catégories institutionnelles habituelles. Elle m’a également confirmé qu’une démarche participative ne consiste pas seulement à demander l’avis des personnes : elle suppose de créer des conditions concrètes pour que leur parole soit entendue, discutée et susceptible d’avoir des effets. Le mémoire a été construit à partir d’observations participantes, d’entretiens et de temps de discussion collective autour des premiers résultats. Ces échanges ont rendu visibles des points de vue différents, parfois des désaccords, qui ont nourri l’analyse. Sur le plan personnel, je garderai la confiance accordée par les personnes rencontrées et les apprentissages tirés du travail quotidien dans l’accueil. Cette expérience confirme mon intérêt pour une recherche liée aux enjeux sociaux, attentive aux expériences vécues et capable de produire des connaissances avec les personnes concernées, plutôt que seulement à leur sujet.

Envie de lire la version synthétique ? Il suffit d’envoyer un mail à communication@abej-solidarite.fr

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