11 mai 2026
Grégoire, pair aidant au FAM témoigne

Je m’appelle Grégoire, j’ai presque 53 ans, je travaille comme pair aidant au Foyer d’Accueil Médicalisé de l’abej SOLIDARITÉ depuis un an. Pair aidant en santé mentale, ça veut dire que j’ai un trouble psychique et que j’accompagne des personnes qui ont des troubles psychiques, car les personnes qui ont ces troubles sont mes pairs.
Je suis atteint par un trouble bipolaire depuis plus de 30 ans. A l’époque, j’étais étudiant en première année d’école de commerce, et en fin d’année nous recevions des étudiants étrangers avec une association. Brusquement, mon cerveau a commencé à bouillonner d’idées et je croyais résoudre les différences entre les Français, les Allemands, les ceci, les cela… je griffonnais plein de notes sur mon agenda papier comme si j’allais écrire un bouquin.
J’ai compris plus tard que ce fut ma première crise maniaque. Dans le trouble bipolaire, il y a la dépression, que tout le monde connaît, et la manie, cet état euphorique qui pousse certains à dépenser des sommes folles ou à descendre tout nu dans la rue.
Je n’ai pas fait cela mais j’ai été hospitalisé deux fois dans ma vie, à chaque fois je me prenais pour Jesus en personne, ça s’appelle une bouffée délirante. Des épisodes maniaques, j’en ai connu des dizaines, dont la plupart ont pu être contrôlés par les médicaments. De plus j’ai un traitement de fond qu’on appelle un régulateur d’humeur, mais il ne suffit pas toujours à éviter les débordements. J’ai aussi connu plusieurs épisodes dépressifs, dont certains ont été traités par des antidépresseurs.
Mais revenons à mon école de commerce. Après un épisode maniaque très compliqué car j’étais en accord d’échange à Berlin, j’ai réussi à être diplômé de mon école, et j’ai travaillé 25 ans comme contrôleur de gestion dans le privé puis dans le public. J’ai occupé une dizaine de postes qui se sont tous mal terminés en raison de mon trouble bipolaire et de mon TDAH. Soit je suis parti parce que ça se passait mal, soit j’ai été licencié.
A la mairie de Lille, j’avais l’habitude de dire en privé à mes chefs que j’avais un trouble bipolaire. En 2017, un nouveau chef arrive. Il ne m’a pas cru. Il m’a pris pour quelqu’un qui n’a pas envie de travailler. Il m’a harcelé. Après 3 ans, il m’a sorti un rapport de 4 pages sur tout ce qui n’allait pas dans mon travail. Il m’a dit : « la prochaine fois ce seront des sanctions disciplinaires ». Il rêvait de me rétrograder en catégorie B ou C. Alors j’ai demandé la RQTH, la reconnaissance de qualité de travailleur handicapé, que j’ai obtenue. Au passage j’ai dû accepter le fait que je suis handicapé, alors que jusque là je me considérais seulement comme malade.
J’ai transmis la RQTH à mon chef. Sa réaction ? Il m’a dit « je n’ai plus confiance en toi, je vais recruter quelqu’un pour faire ton travail ». Quand cette personne est arrivée, j’étais au placard.
J’ai tenu 8 mois. Au bout de 8 mois, je me suis mis en arrêt, et je n’ai jamais revu mon chef. J’ai été en arrêt pendant 3 ans, le temps d’être admis en retraite pour invalidité.
Pendant ces 3 ans, j’ai découvert le monde des troubles psys, car j’ai été dans une asso qui accueille toutes les personnes atteintes de troubles psys. Là on m’a parlé du travail de pair aidant et j’ai eu l’opportunité de devenir bénévole à l’abej SOLDIARITÉ, à la pension de famille de La Madeleine puis à la résidence accueil, puis au foyer d’accueil médicalisé. Le FAM voulait recruter un pair aidant et c’est le 2 mai 2025 que j’ai été recruté.
Depuis 2022 et mon départ de la mairie, tout s’est bien arrangé, c’était miraculeux. J’ai rencontré le directeur général de l’abej SOLDIARITÉ et la cheffe de service du FAM juste au moment où je commençais à chercher un poste, et cette rencontre a débouché sur une promesse d’embauche.
Au FAM, j’accompagne les 41 résidents. J’échange avec eux et quand c’est pertinent, je leur partage des éléments de ma vie de bipolaire si cela peut les aider à passer certains caps. Pour approfondir la relation avec les résidents, je leur propose des sorties ou je réponds à des besoins exprimés comme aller à la banque, faire des courses etc. Ces sorties sont l’occasion de parler et d’échanger sur comment ils gèrent leur trouble psy. C’est tout simplement passionnant !
Je remercie toutes les personnes qui m’ont aidé à trouver ma voie. Je remercie l’abej SOLIDARITÉ qui porte de si belles valeurs et qui se vérifient chez ses salariés. Je remercie les résidents qui nous apprennent tant de choses, et notamment l’humilité. Je remercie ma femme et mes 5 enfants qui m’ont permis d’être ce que je suis.




