28 novembre 2025
Hôtel aux mille étoiles

A l’orgine un spectacle théâtral visant à donner à voir et à entendre la parole et les parcours des personnes privées de domicile.
A l’occasion de nos 40 ans, nous avions envie de faire entendre la parole de celles et ceux à qui on ne donnait pas la parole. De faire sortir de l’anonymat les personnes privées de domicile accueillies à l’abej SOLIDARITÉ. De rendre les invisibles, visibles.

Tout a commencé par des ateliers d’écriture, des recueils de témoignages. Pendant toute une année, Christine Simon, amie de l’abej SOLIDARITÉ, a recueilli les paroles de personnes acceuillies par l’association au cours d’ateliers d’écriture ou d’interviews.
Elles ont été 98, qui d’une manière ou d’une autre, ont partagé juste quelques mots : petites étincelles parfois poétiques
ou beaucoup plus : se livrant à coeur ouvert.
Sans jamais modifier leurs paroles, elle a tenté d’y discerner les thèmes, préoccupations, souvenirs, désirs, qui semblaient communs et pourtant toujours singuliers. 98 personnes, ont accepté de contribuer à ce projet, en participant à des ateliers d’écriture, en répondant à des interviews
ou en lui confiant leur journal, leurs poèmes… 25 femmes et 73 hommes.
Puis ces textes ont été confiés à Vincent Goethals, metteur en scène, pour construire cette présentation théâtrale. Une selection a été faite avec l’intention de mettre en évidence l’universalité de ces paroles. Et l’Hôtel aux mille étoiles est né.
L’universalité de ces paroles sont portées, sur la scène, par deux comédien.nes-danseur.seuse.s,
Johanna Faye et Sébastien Amblard.
Sur la plateau, ils évoluent entourés d’une serie de portraits, peints sur des cartons, qui apparaissent au fil des récits de vies et des moment de danses. Ces portraits sont peints par Philippe Vandendriessche.

Tout dire ou ne rien dire, respecter ou trahir, dévoiler ou violer, voyeur ou passeur ?…
Toutes ces questions délicates mais essentielles se sont posées. Un désir fou de faire entendre ces témoignages bouleversants dans leur spontanéité, leur indécence, leur cruauté… et en même temps la peur de déformer, de glisser dans la tentation du sordide et du sensationnel, ou bien encore dans celle toute aussi coupable, de l’édulcoré, des bons sentiments et de l’optimisme béat…
Alors d’abord, parier autant sur les mots que sur le corps ; le langage du corps ouvre des abîmes, laisse libres les interprétations, les sensations débordent les dires.
« Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais quand je croise une personne sans domicile fixe, c’est toujours le même bruit dans la tête. Il y a la gêne, la compassion, l’embarras, la culpabilité, l’agacement, tout se mélange et je ne sais jamais trop quoi faire, alors, des fois, je presse le pas et je regarde devant, droit devant, pour ne pas voir, parce que je n’ai pas le temps, parce qu’il y en a trop, parce que ça fait sale, et parce que ça fait peur aussi, parce qu’à bien y réfléchir, ça pourrait
être moi, là, assis par terre.
Et puis d’autres fois, j’essaie d’accrocher le regard, juste un instant, histoire de partager un peu d’humanité, c’est ça, un peu d’humanité parce que, c’est pas normal de faire comme si elle ou il n’existait pas, des fois je donne quelques pièces, et après je me dis pourquoi elle et pas lui, je donne quelques pièces et puis je n’en donne plus, parce que c’est chacun son tour d’être généreux, il y a aussi ces fois où j’achète un sandwich, parce que je ne veux pas que mon argent serve à acheter de la drogue ou de l’alcool, thon-mayonnaise ou poulet-salade? peu importe, et la plupart du temps, je sais même pas si elle ou il aime ça le thon-mayonnaise ou le poulet salade… peu importe.
D’autres fois, et j’en suis pas fier, je me dis que s’ils voulaient vraiment, ils pourraient s’en sortir, avec toutes ces associations, que c’est juste une question de volonté, qu’il n’y a pas de fatalité, je me dis ça, et juste après, je suis en colère contre les femmes et les hommes politiques de ce pays, depuis le temps qu’ils font des promesses, ça fait longtemps qu’ils auraient dû régler le problème, c’est de leur faute, tout ça.
Je suis bien d’accord que tout ça n’est pas très constant.
Est-ce qu’il y a une bonne façon d’agir, je ne sais pas.
Et puis, un jour, au détour de la rue, quelqu’un vient s’asseoir à côté de vous et il commence à se raconter…»
extrait du texte introductif
Ce projet avait pour vocation d’interroger le regard que nous portons sur les personnes privées de domicile. Plus de 700 personnes dont une centaine de personnes accueillies par l’abej SOLIDARITÉ et d’autres associations pu partager leurs questions, leurs impressions et leurs ressentis : des moments forts et émouvants.
Merci aux comédiens (Johana et Sébastien), merci à Philippe, merci à Vincent, merci à Olivier et Philippe (musique et lumière), merci à la ville de Lille et à la Maison Folies de Wazemmes.
Et merci à nos soutiens.












