10 février 2026
Se soigner quand on est privé de domicile
Depuis sa création, l’abej SOLIDARITÉ a compris une chose essentielle : on ne peut pas aider durablement les personnes privées de domicile sans s’occuper de leur santé.
C’est pourquoi des permanences médicales ont été mises en place dès les débuts de l’association, puis rapidement adaptées à l’augmentation et à l’évolution des besoins des personnes accompagnées. Ce travail de terrain a rapidement démontré son utilité et a été reconnu par les services de l’État.
Pour garantir que ce service continue sur le long terme, le centre de santé de l’abej SOLIDARITÉ est devenu en 2005 un centre de soins polyvalent agréé par la CPAM. Cette reconnaissance a permis de structurer et sécuriser l’accès aux soins pour les personnes en grande précarité.
Sur le terrain, la réalité est claire : vivre dans la rue fragilise le corps et l’esprit. Les personnes accompagnées accumulent souvent des problèmes de santé physique et psychique, des difficultés à suivre leurs traitements et du retard dans l’accès aux soins. Beaucoup de personnes vivent des situations complexes qui passent parfois inaperçues.
Le centre de santé de l’abej SOLIDARITÉ a pour mission d’aller vers ces personnes, de les écouter, de les soigner et de les accompagner.
Depuis mars 2022, nous nous sommes engagés dans la démarche de l’expérimentation nationale des centres de santé participatifs ( SECPa : structures d’exercice coordonné participatives).
L’idée est de proposer un accompagnement adapté et de permettre de réduire les inégalités dans le domaine de la santé. L’accompagnement se fait à travers une approche dite médico-psycho-sociale. Il s’agit de prendre en compte, outre la santé physique de la personne, son état psychique et moral, ses conditions de vie et les difficultés rencontrées. Et pour que cet accompagnement soit pertinent, il est primordial d’associer la personne à toutes les décisions qui la concernent. Ceci est vrai, qu’il s’agisse de son parcours de soin ou plus largement du fonctionnement du service.
Bien sûr, rien de très nouveau pour l’abej SOLIDARITÉ ! L’approche globale existe depuis bien longtemps au centre de santé : temps consacré à créer un lien de confiance avec la personne, coordination de son parcours en lien avec les services hospitaliers, travail partenarial mené avec les équipes des autres services de l’assocation et avec des organismes externes à l’association.
Le changement réside dans les moyens alloués, permettant d’améliorer ainsi la qualité de l’accompagnement proposé aux patients. Plusieurs professionnels ont été recrutés depuis 2022 (travailleur social, infirmière coordinatrice, psychologue et cheffe de service) et leur présence a permis de diversifier l’accompagnement que nous pouvons proposer :
- Médiation en santé (accompagnement physique des personnes en RdV externes),
- Coordination des parcours complexes,
- Accompagnement social (aide à l’ouverture des droits en santé)
- Elaboration en équipe d’un « programme » d’actions de prévention et participatives : santé des femmes, addictions, prendre soin de sa santé en étant à la rue, …
L’expérimentation permet également d’avoir recours à l’interprétariat, un outil essentiel pour que les personnes puissent comprendre leurs pathologies et exprimer leurs questions, doutes, ressentis, aux professionnels de santé.
Des groupes de parole ont vu le jour :
- Conso et conscients : l’objectif est de proposer un temps convivial tous les quinze jours et un espace de discussion aux personnes usagères de drogues.
- Keskonboi : donner la parole à des personnes alcoolodépendantes. Tous les quinze jours, l’équipe du Centre de santé leur propose de se réunir pour permettre un temps d’échange convivial et de répit. Il peut permettre à chacun de se sentir moins seul avec sa problématique tout en se questionnant sur ses consommations.
- Et ma santé dans tout ça ? Mettre l’accent sur le bien-être, proposer des activités en lien avec les besoins exprimés par les personnes. Pour y parvenir, il faut d’abord comprendre ce qu’est la santé et le bien-être pour les personnes accompagnées à l’abej SOLIDARITÉ. Il faut comprendre ce que c’est « être en bonne santé » pour une personne en situation de précarité. Exemple d’actions : matinée bien-être, visite culturelle de la ville de Lille, mise en place du groupe sommeil.
Le centre de santé de l’abej SOLIDARITÉ, en 2025 c’est aussi :
- 1 222 personnes accueillies
- Plus de 41% sont des nouveaux patients
- 105 permanences d’accompagnement en droits de santé
Le 29 janvier 2026, le Ministère de la santé a annoncé mettre fin à la période transitoire de l’expérimentation de ce dispositif Structures d’Exercice Coordonné Participatives (SEC-Pa) dès le mois d’avril 2026 sans passage dans le droit commun, comme envisagé jusqu’alors. Les 26 maisons et centres de santé portant cette expérimentation se mobilisent.
L’arrêt brutal de ce dispositif aurait des conséquences dramatiques sur l’accès aux soins, pour la population dont les besoins en soins primaires sont les plus criants. Il entrainerait inéluctablement des renoncements aux soins, des retards diagnostiques et par conséquent des surcoûts de dépenses. Il diminuerait l’attractivité des territoires pour les professionnels de santé, mettrait en danger la continuité des équipes en place et empêcherait l’ouverture de nouveaux lieux de soin d’exercice coordonné, notamment en milieu rural. Par ses annonces, le gouvernement ferme la porte à l’entrée promise dans le droit commun et propose des financements, insuffisants dans leurs montants et insatisfaisants dans leurs modalités. On parle de montants 3 à 7 fois moins importants que ceux dont bénéficient actuellement les structures SEC-Pa.
Une pétition a vu le jour
Le centre de santé offre un espace où chacun peut retrouver une place, reprendre confiance et avancer dans un parcours de soins adapté, dans le respect et la dignité.





